Juaye-Mondaye et son patrimoine

L’abbaye Saint-Martin

Dans les premières années du XIIIe siècle, l’évêque de Lisieux Jourdain du Hommet, fils du connétable de Normandie Richard du Hommet, installa sur ses terres du Bessin une petite communauté de religieux prémontrés, issus de l’abbaye de la Lucerne d’Outremer (Manche), pour y fonder une abbaye. Elle connut grâce à ses fondateurs une certaine prospérité au XIIIe siècle.
La Guerre de Cent Ans, ainsi que les grandes pestes du XIVe siècle, ravagèrent les terres de l’abbaye où séjourna en 1377 Bertrand du Guesclin. Plus désastreux encore fut le XVIe siècle : les guerres de religions déchirent le pays, et en 1562, les soldats protestants pillent les églises et les abbayes de la région. L’adhésion de l’abbaye à la réforme de l’Antique Rigueur entraîne au XVIIe et au XVIIIe siècles un formidable renouveau spirituel. Les abbés réguliers vont engager la reconstruction générale de l’église et des bâtiments sur les plans du père Eustache Restout, à la fois religieux, architecte et peintre. La Révolution chassa les religieux de l’abbaye, mais épargna heureusement les bâtiments inachevés et l’église transformée en église paroissiale. En 1859, quelques religieux prémontrés originaires de Grimberghen, près de Bruxelles, s’installent dans les murs de l’abbaye. Expulsés à deux reprises par les lois anticléricales, les chanoines sont revenus définitivement en 1921.

Le plan

La reconstruction générale au XVIIIè siècle a cependant conservé le plan médiéval de l'abbaye, avec, au sud de l'abbatiale, le cloître et les bâtiments conventuels... et à l'ouest, la porterie ouvrant sur la basse-cour entourée par les bâtiments de la ferme.
Lithographie par Adolphe Maugendre, publiée dans “Bayeux et ses environs”, 1862-1865.

La Révolution française n’a pas permis d’achever les bâtiments conventuels, commencés vers 1730. L'aile Est abrite de grandes salles voûtées et un magnifique escalier. Son architecture, noble et sévère, servit de modèle aux autres ailes, construites à la fin du XIXè siècle pour achever le cloître.
Archives de Mondaye.


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Le manoir de Jérusalem

Construite entre cour et jardin, cette belle demeure fut édifiée au milieu du XVIIIe siècle sur un plan qui, depuis les hôtels particuliers urbains jusqu’aux « châteaux des champs », reflète le goût du confort dans la société aisée de l’époque. Malgré l’absence d’un pavillon à gauche, la façade offre un équilibre remarquable et une symétrie parfaite de part et d’autre de l’avant-corps central. Le fronton triangulaire distingue cette demeure de ses voisines et affirme le statut social supérieur de ses occupants de l’époque. Moins sévère, la façade côté jardin présente un plus grand nombre de fenêtres et son avant-corps central, doté d’un petit balcon en ferronnerie, est coiffé d’un élégant fronton courbe.

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La ferme de la Hautbraye

Construite «au temps de Louis XIII ou de Henri IV» selon Arcisse de Caumont, cette vaste ferme-manoir, emblématique des grandes propriétés rurales du Bessin, reflète la richesse du terroir. Autour d’une cour carrée fermée de hauts murs aveugles et ouverte par un double portail, s’organisent bâtiments agricoles et logis. Ce dernier, sans doute habitat noble à l’origine, présente deux pavillons latéraux carrés en saillie sur la façade.Si les percements ont été remaniés à la fin du XVIIIe siècle,les fausses lucarnes ornant les pignons des pavillons sont typiques du début du XVIIe siècle.

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Église Saint-Vigor, XIIe - XIIIe - XVIIIe siècles

Sous le patronage de saint Vigor, l'ancienne église paroissiale de Juaye était desservie au Moyen Âge par l'abbaye de Mondaye. Le choeur peut être daté par ses traces de maçonnerie, ses modillons et d'anciennes baies du début du XIIe siècle. C'est au XIIIe siècle que la nef fut reconstruite pour l'agrandir par l'ajout des deux bas-côtés. Les grandes arcades, et surtout les chapiteaux à crochets surmontés de tailloirs circulaires en larmiers caractérisent tout à fait le gothique normand. Au XVIIIe siècle, l'église est restaurée : les bas-côtés et l'arc triomphal sont reconstruits, et une sacristie ajoutée.

LES GRAFFITIS
La pierre calcaire se gravant facilement, les murs des églises de la région conservent aujourd'hui de nombreux graffitis, traces modestes laissées par les hommes du passage de l'Histoire. Ainsi pouvons nous lire à l'angle de la façade la devise révolutionnaire « Liberté ou la Mort ».

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Église Saint-Aubin, XIIe - XVIIIe siècles

La paroisse de Bernières-Bocage ayant été supprimée à la Révolution, son église fut désaffectée au profit de l'église abbatiale de Mondaye. Dédiée à saint Aubin, sa construction date du milieu du XIIe siècle. La nef a conservé sous les modillons ses ouvertures anciennes, et un portail roman. Malgré des restaurations, le choeur conserve l'arc triomphal et les supports d'ogives des voûtes du XIIe siècle. Les chapiteaux des colonnes et des culots, présentent un décor de godrons* caractéristique de cette période. La source voisine était réputée pour le traitement des maladies des yeux.

* LE CHAPITEAU A GODRONS
Venu d'Angleterre après la conquête, le godron est un ornement sculpté en forme de cône qui apparaît sur les chapiteaux des églises romanes normandes au début du XIIe siècle. On le trouve ici dans le choeur et sur le portail sud de la nef.

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Église Sainte-Bazile, XIe - XVe siècles

Désaffectée à la révolution, l'église Sainte-Bazile* est en ruine depuis le XIXe siècle. La présence de sarcophages mérovingiens laisse supposer une origine très ancienne. Le choeur a été reconstruit dans la seconde moitié du XVe siècle. Le larmier d'une des fenêtres repose sur deux petits culots finement sculptés à visage humain. Autrefois cachée, la grande baie du chevet présente sur son larmier un riche décor végétal. De la fin du Moyen Âge date également le clocher peigne surplombant le porche occidental muni de bancs et couvert d'une toiture en pierre.

* SAINTE BAZILE
La légende médiévale fait de ce site une cité antique où, aux IIIe-IVe siècles, une jeune chrétienne du nom de Bazile aurait été décapitée. Martyre, elle figure parmi les saints les plus anciennement vénérés du diocèse. Cela ferait de cette église l'un des plus anciens lieux de culte du Bessin.

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